Source : Les Coulisses n°251-252  du 20 janvier au 20 février 2013

Nicaise Kibel'bel Oka

Quarante-cinq jours à compter sur les bouts de doigts de la main depuis que les rebelles du M23 sont en dialogue avec une délégation du gouvernement congolais. Vraisemblablement, on tourne en rond malgré quelques avancées obtenues paresseusement. Alors que le président ougandais Yoweri Museveni était, on ne peut plus clair le 14 janvier 2013 en demandant d’aller vite, même plus vite et droit au but en suivant les limites fixées par la CIRGL mais surtout de ne pas faire du dialogue un forum de partage des postes… Alors que tout le monde s’attendait à une réévaluation de l’accord de Goma dans une sorte d’écoute des « doléances légitimes » du M23, alors que tout le monde s’accordait à dire que les choses n’allaient pas durer plus de deux semaines, le dialogue de Kampala/Munyonyo a pris les allures du déjà vu et connu rappelant la triste épopée de Sun City (Afrique du sud) où les Congolais avaient terminé le dialogue avec des valises entre les jambes, forcés de libérer les chambres d’hôtel.

A Sun City, il y avait toutes les composantes de la nation. A Sun City, la république était dépecée en cinq morceaux. A Sun City, on discutait sur le sort des institutions et du Chef de l’Etat. Mais à Kampala, il n’y a qu’une petite rébellion de vingt personnes, mieux de trois ethnies plus une et la république n’est occupée qu’au centième. A Kampala, on ne discute pas du sort des institutions, pas non plus du Chef de l’Etat. Mais les choses tournent en rond. Et pourquoi ?

 

Les raisons historiques de la guerre au Kivu

Un ami occidental vient de passer les vacances de Noël 2012 au Rwanda. Il livre ses impressions sur la famine et la pauvreté au pays de mille collines. Kigali cache mal la pauvreté des Rwandais des villages et des collines avec ses immeubles.

En clair, on peut affirmer que le Rwanda vit une famine chronique. De deux, le glissement naturel des populations et les infiltrations continuent sur le Kivu. Trois, la démographie galopante a accentué le besoin de survie. Il faut trouver un espace vital non plus pour les populations congolaises d’expression kinyarwanda mais pour de nombreux Rwandais qui en ont besoin. Bon gré, malgré au Kivu (RD Congo).

Les enjeux politiques de différents groupes ethniques du Kivu s’articulent autour de la représentation politique des groupes ethniques mais également des conflits fonciers ininterrompus. Ils sont à la base des conflits entre les ethnies et des tensions au Kivu : Hutu contre Tutsi. Banyarwanda contre « autochtones » Nande, Hunde, Nyanga, Shi…

La configuration des délégués de deux parties au dialogue de Kampala n’a pas démenti cette triste réalité. Dans la salle et durant toutes les discussions, on croyait avoir affaire à une palabre interethnique entre Hutu, Tutsi, Nande et dans une moindre mesure Bashi. Ainsi donc, telle que pensée, la guerre du M23 s’est réduite à une querelle entre trois ethnies du Nord-Kivu assistées par les Bashi du Sud-Kivu. Comme si dans les deux provinces, il n’y avait que ces quatre ethnies. Les Hunde, les Nyanga, les Tembo, les Havu, les Fulero, etc. ont été relégués sinon oubliés. De la même manière, les Nande triés pour dialoguer avec le M23 provenaient tous du territoire de Lubero. Une autre entorse dans le règlement des tensions au Kivu puisqu’on feignait d’oublier que le territoire de Beni, outre qu’il regorge les ADF/Nalu, venait d’accueillir un nouveau groupe armé, l’URDC de Kasereka Ntahanga Nyolo qui s’est allié à Lafontaine Kakule puis au M23. C’est dans le massif de Ruwenzori que sont détenus les trois prêtres Assomptionnistes depuis octobre 2012. Il y a problème à ne pas négliger.

On a agi comme si la guerre du M23 ne concernait que très peu la république, comme si elle était une affaire de certains Nord-Kivutiens. Les délégués du gouvernement n’étaient que de simples observateurs comme les représentants de la CIRGL et des pays amis de simples témoins.

Normal qu’un Roger Lumbala ne se retrouve pas dans une affaire des trois ethnies du Nord-Kivu plus les Bashi. L’insatiable Lumbala en a eu pour son compte. Il faut noter que ça a été une grosse erreur d’appréciation !

Et là, le Rwanda venait de réussir un grand coup, celui de rendre cette guerre une affaire des Congolais qui avaient des doléances légitimes à faire valoir à travers la prise des armes. Et l’Ouganda, en arbitrant une guerre qu’il a financée par des troupes et du matériel en faveur de la rébellion du M23, a joué à la ruse politique de haute facture. Qui pourrait encore lui reprocher son ambiguïté dans le dossier des rebelles des ADF/Nalu ?

De ce fait, on ne répondra jamais à la question fondamentale qui est : pourquoi le M23 a-t-il pris les armes ? Quand des pyromanes deviennent d’un jour à l’autre des pompiers, il faut dire que la classe politique congolaise est aveugle, et donc, n’arrive pas à faire une lecture correcte de l’insécurité et de la déstabilisation du Congo par les voisins de l’Est.

Un mérite n’est pas un devoir tout comme une morale ne se réduit pas à ce qu’elle ordonne de faire. La RD Congo restera encore et pour de longues années l’otage du Kivu et de ses fils.

Nicaise Kibel’Bel Oka

Tag(s) : #Actualités
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