Source: Le Soleil

 

Les proches du Rwandais affirment qu’il est maltraité en prison

Mugesera aurait reçu des menaces de mort, on lui servirait de la nourriture avariée et sa cellule serait insalubre

Le dossier du Rwandais Léon Mugesera, expulsé du Canada en janvier 2012 après avoir été accusé d’incitation au génocide, se retrouve une nouvelle fois devant les Nations Unies alors que sa famille et ses avocats soutiennent qu’il est maltraité en prison. Ils accusent Ottawa de violer la Convention contre la torture.

Léon Mugesera, accusé d’avoir incité au génocide, subirait de mauvais traitements au Rwanda, où il attend d’être jugé, a fait savoir sa femme, GemmaUwamariya. Il avait été expulsé du Canada en janvier 2012. — PHOTOTHÈQUELESOLEIL

Menaces de mort, nourriture avariée, rats et punaises de lit, difficulté à s’entretenir avec ses avocats en privé : la liste des mauvais traitements que Léon Mugesera subirait en prison est longue, selon le clan qui le défend. Et lorsque sa femme, Gemma Uwamariya, l’a reçue à la mioctobre, elle s’est davantage inquiétée pour son conjoint qui est incarcéré dans la prison centrale de Kigali depuis maintenant 10 mois. «Pourquoi tant de monde s’acharne sur mon mari?» questionne celle qui clame toujours l’i nnocence de celui souvent dépeint comme étant «l’architecte» du génocide de 1994.

Deux ans plus tôt, i l aurait incité — selon les accusations du Rwanda — les Hutus à s’en prendre aux Tutsis alors qu’il était le vice-président du Mouvement révolutionnaire national pour le développement dans la préfecture de Gisenyi.

Mme Uwamariya et sa fille Carmen vivent ensemble à SainteFoy et parlent une à deux fois par semaine au détenu. Mais puisque les conversations sont brèves et enregistrées, Léon Mugesera divulgue très peu d’informations sur son état de santé physique et psychologique, disent- elles.

C’est son avocat sur place, JeanFélix Rudakemwa, qui a été en mesure d’éclairer ses proches. Dans le document transmis à la famille, le procureur détaille plus d’une vingtaine de situations soi- disant irrégulières prouvant, selon lui, que les droits fondamentaux de M. Mugesera sont gravement violés par le Rwanda.

Gemma Uwamariya a notamment appris que son mari aurait été incarcéré pendant quelques mois avec des ennemis politiques, soit des membres du Front patriotique rwandais, qui ne cessaient pas «de le déclarer coupable ». Léon Mugesera a confié à son avocat craindre «d’être assassiné d’un instant à l’autre». Il aurait aussi reçu une menace de mort de la part d’un «agent des services secrets» de l’établissement, qui lui aurait dit : «Sais-tu maintenant que je peux te fusiller?»

En plus de la nourriture «impropre à la consommation» et peu diversifiée qui lui causerait des problèmes de santé, M. Mugesera cohabiterait avec différentes bestioles, comme des rats, des moustiques et des punaises de lit, explique le document. «TORTURE MORALE»

Ce qui choque aussi sa femme, c’est que les autorités carcérales ne permettraient pas à M. Mugesera de parler à ses quatre autres enfants — qui ont quitté le nid familial — parce qu’elles ne reconnaissent pas la relation de parentalité. Selon Me Rudakemwa, cela constitue un «acte de torture morale intolérable et inacceptable». Ce dernier reproche aussi à Kigali de ne pas lui permettre de rencontrer son client de manière confidentielle et de ne pas lui laisser suffisamment de temps pour se préparer à son procès.

Après avoir été i nformée de ces nouveaux éléments, Johanne Doyon, l’avocate québécoise qui a alerté le Comité contre la torture des Nations Unies au sujet de la déportation de Léon Mugesera en janvier, a de nouveau communiqué le 1er novembre avec l’instance onusienne.

Cette foi s, elle informe le comité qui siège à Genève des nouvelles preuves selon lesquelles le Canada viole l’article 3 de la Convention contre la torture, qui stipule qu’un État ne peut expulser une personne vers un autre État où «il y a des motifs sérieux de croire qu’elle risque d’être soumise à la torture ». Pour la famille, cela représente un nouvel espoir de voir Ottawa être condamné publiquement et rapatrier celui qui a vécu pendant près de 20 ans sur son territoire pour qu’il y soit jugé.

Tag(s) : #Justice et Droits de l'homme
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