Billet d'humeur d'Eugène Shimamungu (Newsletter n°38)

 

Voici encore une élection qui m’aura tenu en haleine jusqu’au bout de la nuit. C’est à 5h18 du matin que j’étais délivré. Depuis j’ai essayé de fermer l’œil sans y parvenir et j'ai décidé de ne pas dormir. Je suis sûr maintenant que je vais passer ma journée à somnoler, mais comme la dernière fois en 2008, jeobama-2012-obama-2008 vais finir par passer 36 heures éveillé tellement la joie est grande. Un seul regret : David Axelrod, le conseiller d’Obama, ne pourra pas raser sa moustache que je trouve horrible !!! (En fait je déteste les moustaches). Je ne suis pas Américain, mais mon cœur a voté ! Un vote, me direz-vous, « ethnique » ! Euh… oui ! S’il avait été battu, on aurait dit « c’est parce qu’il est noir », et on aurait ainsi porté un mauvais procès au peuple américain, que je trouve « magnanime » dans ses choix. Maintenant il va pouvoir être jugé sur ses actions. Imaginez-vous un Kofi Yamgnane. Personne ne se rappelle de lui, c’est celui-là, noir comme du charbon, que Jean-Marie Lepen appelait « Miam Miam », l’ex Ministre de François Mitterrand. Il n’avait réussi qu’à se faire élire par les paysans de St Coulitz, un petit village du Finistère de quelques 400 habitants, à l’époque, parmi lesquels il était le seul ingénieur « des mines », donc pas n’importe lequel. François Mitterrand avait pris cela pour un exploit et l'avait bombardé Ministre ! Il n’est pas allé plus loin, aujourd’hui il est retourné dans son village au… Togo ! Où il a perdu les élections à la présidentielle ! Qui a dit que « nul n’est prophète chez soi » ?!!! Drôle de parcours ! Pas ou pas encore de comparaison avec Barack Obama, juste le même rêve! Trève de plaisanteries, revenons au sérieux !


Quels espoirs pour le Rwanda, plutôt pour la population rwandaise et donc pour moi !

Pas grand chose, à vrai dire. Voilà un Président américain, même s’il ne faisait pas la cour au dictateur sanguinaire de Kigali, comme Bill Clinton son protecteur ou encore George W Bush, a posé, durant son mandat, un acte qui m’a fait froid dans le dos en donnant l’immunité à Paul Kagame, dès que les avocats avaient obtenu que la justice américaine se penche sur son cas pour répondre des charges de terrorisme, de crimes de génocide et des crimes contre l’humanité portés contre lui. Tout le contraire du discours qu’il avait fait à Accra en souhaitant aux Africains :

« (…) des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès - des parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu'une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie, parce que c'est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens…

(…) l'histoire est du côté de ces courageux Africains, et non dans le camp de ceux qui se servent de coups d'État ou qui modifient les constitutions pour rester au pouvoir. L'Afrique n'a pas besoin d'hommes forts, mais de fortes institutions.

Ce que fera l'Amérique, en revanche, ce sera d'accroître son aide aux personnes et aux institutions responsables, en mettant l'accent sur l'appui à la bonne gouvernance : aux parlements, qui maîtrisent les abus de pouvoir et s'assurent que les voix de l'opposition peuvent s'exprimer ; à la règle de droit, qui garantit l'égalité de tous devant la justice ; à la participation civile, afin que les jeunes soient actifs dans la vie politique ; et à des solutions concrètes à la corruption telles que l'expertise comptable, l'automatisation des services, le renforcement des lignes d'appel d'urgence, la protection de ceux qui dénoncent les abus afin de promouvoir la transparence, et la responsabilité. »

On aurait pu penser qu’il allait joindre le geste à la parole et changer les choses en Afrique centrale, la terre de ses ancêtres, mais son bilan en quatre ans est particulièrement négatif. Le discours d’Accra est resté lettre morte. On a même vu un citoyen américain, Peter Erlinder, avocat de son état, embastillé par le régime de Kigali malgré l’immunité que lui assure sa fonction, sous le seul prétexte qu’il voulait défendre l’opposante Victoire Ingabire. Les réactions du gouvernement américain se sont faites attendre et l’avocat n’a été libéré que par la magnanimité du régime rwandais, parce qu’il était malade et qu’il avait besoin de se faire soigner ! On aurait pu penser que l’Etat américain allait poser des actions pour le démantèlement d’un régime qui ne respecte rien, et qui foule aux pieds les conventions internationales ! Que nenni. Pas un mot ! Est-ce par ce que Barack Obama avait dans les pattes la Secrétaire d’Etat américaine Hilary Clinton qui n’osait pas contrarier les volontés de son Bill de mari lié au régime sanguinaire de Kigali ? En tous cas on a vu Hillary passer à côté au Congo, sur les terres du Dr Mukwege le réparateur des femmes violées, pour fustiger les atrocités commises (par le régime de Kigali ou les rébellions soutenus par lui) sur la population congolaise et la violence faite aux femmes. Elle ne mettra pas les pieds à Kigali. Et elle risque de ne jamais y aller à ce titre car elle a demandé d’être relevée de ses fonctions en fin 2012, si Obama était reconduit. Bref, comment alors expliquer l’inaction de Barack Obama au Congo et le soutien apparent au régime de Kigali? L’avez-vous vu agir autre part ailleurs (sauf en Lybie), me direz-vous ? Peut-être comptait-il sur Bill Clinton pour la campagne du second mandat en ménageant son épouse. Oui, on a vu Bill Clinton au four et au moulin dans cette campagne, en tous cas c’était un soutien important qui a participé à la réélection du Président Obama.

Barack Obama va-t-il avoir les coudées franches pour mettre en œuvre sa politique internationale ? En tous cas avec le départ de Hillary, ce sera peut-être la fin de l’autorité Clinton sur les relations internationales. Mais il n’est pas sûr que le Président puisse faire ce qu’il veut au niveau intérieur avec une majorité étriquée qu’on lui prévoit à l’issue des élections. Il va sans doute placer des personnes qui pourront lui ménager quelque soutien républicain pour passer telle ou telle réforme. Dans ce jeu d’échecs, il est fort probable que l’international dépende de l’intérieur. Dans le cas contraire, Barack Obama est attendu sur le conflit rwando-congolais et plus généralement sur l’Afrique et ses dictateurs choyés par l’ère Clinton dans la région des Grands Lacs Africains comme le trio Kagame, Kaguta, Kabila. Plusieurs dossiers sont en attente pour le Rwanda notamment le dossier Victoire Ingabire et les autres prisonniers politiques Bernard Ntaganda, Déo Mushayidi, etc. Mais cela ne pourra se faire si l’opposition rwandaise de la diaspora reste divisée, car c’est elle qui doit initier les démarches pour faire bouger le gouvernement américain qui a bien d’autres chats à fouetter !

Wait and see

Eugène Shimamungu

©www.editions-sources-du-nil.eu

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